TABOU: naissance & plaisir, une alliance oubliée.
- Caroline Bamba M'Boua

- 13 juil.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours
Chère lectrice, cher lecteur, devrais-je commencer par la fin ? Je t'invite, le temps de cette lecture, à envisager une idée qui pourrait bien transformer ta compréhension de l'accouchement: le clitoris est l'organe clef, oublié, de l'accouchement! Et oui… le plaisir a toute sa place dans la physiologie de la naissance.

Lorsque mon premier enfant est né en 2009, deux éléments se sont profondément imprimés en moi, un peu comme en arrière-plan.
D’abord, un profond voeu: celui de pouvoir un jour avoir au moins une fille, pour transmettre quelque chose relié á l'expérience de la naissance. Une intuition aussi forte que incompréhensible et illogique, vu que mon accouchement n’avait absolument rien eu d’idyllique, ni d'exemplaire.
Ensuite, une question, presque dérangeante dans sa simplicité : comment est-il possible que, en partant du principe que la nature fait bien les choses, la survie de l’espèce humaine repose sur un moment aussi effrayant et douloureux que l'accouchement? Un acte si dangereux qu'il doive être réalisé entourée de spécialistes dans un contexte hospitalier ?
D'ailleurs, soyons clairs, cette dernière interrogation ne venait pas que de mon vécu. Il y avait aussi: 1) Les scènes clichées propagées en masse dans les films, 2) les récits des accouchements d'amies et aussi 3) quelques année auparavant j’avais été témoin de l'accouchement traumatisant d'une inconnue: ses plaintes, sa détresse, les actes du personnels hospitalier, l’impuissance ressentie.
Dix ans et trois enfants plus tard, en 2019, en scrollant sur Instagram, je tombe sur une publication qui s'impose comme une réponse attendue depuis longtemps. Une formation de Doula en Angola! Je m’y inscris sans hésiter.
J’y suis entrée pour un travail personnel sur mes expériences et zones d’ombre et j’en suis sortie Doula. Avec un fort sentiment de responsabilité : celle de transmettre des savoirs et une forme de sagesse retrouvée.
Avec cette formation, pour la première fois je comprenais que la douleur n’était pas juste un véhicule gratuit de souffrance. Elle avait un rôle primordial, invitant le corps à bouger, à s’adapter, et invitant la femme á entrer dans des états profondément alignés avec la physiologie de la naissance. Et un concept en particulier m'a fait enfin sens dans ma quête de réponse: celui du Orgasmic Birth, porté par Debra Pascali Bonaro. Je me souviens encore de ce moment comme un “Eureka”: pour la première fois, quelque chose faisait enfin sens... autrement. Le plaisir prenait une place inédite dans la physiologie de l'accouchement, offrant une autre manière de traverser la douleur.
Toutefois cela me semblait encore lointain. Comme peut être réservé à des femmes qui auraient “plus d’aisance avec leur corps ou leur sexualité”, “plus de chance”, “le contexte idéal”. Bref, ça ne me semblait pas encore... accessible... jusqu’en 2026.
Et oui, en 2026, dans le cadre de notre formation continue au sein de l'association de doulas dont je fait partie, j’ai eu l’opportunité de suivre un enseignement avec Debra elle-même. Et là, quelque chose c’est encore clarifié. Ce dont il est question ici dépasse largement l’idée d’un “accouchement orgasmique” au sens spectaculaire ou fantasmé du terme. Il s’agit en réalité d’un changement de paradigme soit, d'un déplacement profond de nos repères et références. On y redéfinit la sexualité, le plaisir, l’orgasme. On redonne, dans la salle d'accouchement, une place à l’invisible: aux sensations, à l’intuition, à l’état intérieur. On invite le corps à être le Sujet (acteur principal), et plus un Objet. Dans cette... nouvelle... configuration, le jugement cède sa place á l’Humilité, et le contrôle á la Présence.
Et soudain, une évidence grosse comme le nez au milieu du visage émerge : la nature nous a dotées d’un clitoris, organe dont la seule fonction serait le plaisir, pour, entre autre, ... accoucher! A un moment de l'histoire où les scientifiques, commencent á peine á étudier le clitoris, où l'on s'étonne encore qu'un organe puisse être exclusivement architecturé pour le plaisir... je t'annonce que oui, le plaisir a une fonction, plus que rationnelle, dans la naissance! Non pas pour nier la douleur mais, au contraire, pour s'y ouvrir et la laisser faire son travail.
Il ne s’agit pas ici de promettre un accouchement parfait, ni de peindre une symphonie irréaliste de plaisir. Il s’agit de s'approprier un droit : celui d’accéder au plaisir comme ressource. Comme outil personnel et naturel, adaptable à chaque moment. Comme possibilité de traverser l’expérience autrement.
Tu imagines 🤔 ?
D'un côté, la masturbation : gratuite, naturelle, initiée par la femme elle-même, sans intervention extérieure. Elle s'accorde avec la physiologie de l'accouchement (ocytocine, endorphines...) et aide à accueillir la douleur.
De l'autre, l'épidurale : payante, risquée et administrée par des tiers. Elle interfère avec la physiologie de l'accouchement et augmente le risque de recours à d'autres interventions.
Et oui, la nature fait bien les choses. Il doit y avoir de la douleur, mais avec cette nouvelle perspective, elle ne raconte plus la même histoire: elle n'est plus travestie en souffrance individuelle, attendue et validée par la société. Et surtout, il ne s'agit pas de "tricher" avec la réalité, au contraire, il s'agit, enfin, de jouer avec toutes les cartes du jeu, et parmi elles, un organe longtemps réduit au silence et á la honte.
En conclusion… il est intéressant de constater que, dans la physiologie humaine, le plaisir a potentiellement sa place aux deux extrémités du processus reproductif.
Et en réalité, chère lectrice et cher lecteur, cette aventure ne fait que commencer, et tu viens d'en franchir le seuil.
Figure-toi qu'il existe aujourd'hui un vibromasseur pensé et fabriqué spécifiquement pour le travail d'accouchement. Soyons clairs : d'autres vibreurs peuvent être utilisés, mais voir apparaître un objet conçu, nommé et produit officiellement pour cet usage amène un autre niveau à la discussion. Et j'avoue que, personnellement, voir le capital mis au service de la libération de l'être humain plutôt que de son aliénation me réjouit!

Que le chemin vers ton épanouissement soit rempli de découvertes et de croissance.
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À très bientôt.
Salutations moléculaires.


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